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Arsène plus loin- Texte de Carlos NOGALEDO


La nature de l’air a changé, pas de doute, il est bien passé.

Ce que l’on m’en a rapporté, c’est qu’il ne laisse jamais de traces apparentes, aucun objet n’a été déplacé ni même cassé, et pourtant la preuve de son passage est presque palpable.

Les personnes qui l’ont côtoyé ... je devrais dire effleuré, voire même respiré témoignent toutes d’une transformation radicale, un apaisement notable et durable.

C’est comme si tout d’un coup l’on se sent écouté. Mais pas une écoute qui surveille, inquisitrice et qui se retournera contre vous au moment le plus inapproprié. Non une écoute qui rassure, caresse et qui n’espère rien, comme une présence bienveillante.

Ce moment survient immanquablement alors que rien d’important n’est en jeu, un de ces moments de doute profond qui nous plonge dans des abysses insondables au plus lointain de la capacité de l’intellect humain à concevoir, inventer, imaginer.

Cela peut arriver en buvant son café à la deuxième gorgée par exemple. Ou bien lors du grand ménage de printemps en plein effort de nettoyage des carreaux alors qu’une chute vient d’être évitée de justesse. Ou bien encore, lorsque l’on tape dans le ballon pour le renvoyer à sa fille pour la cent quarante deuxième fois.

L’une de mes amies m’a rapporté que la rencontre a eu lieu sur l’île d’Oléron en pleine récolte de moules par grand froid au mois de décembre.

Pour ma part, cela s’est produit alors que je végétais sur mon canapé velours après un repas trop copieux.

Les yeux mi-clos, le ventre gonflé de trop de nourriture exquise, mes pensées étaient aussi vives que celles d’un poisson rouge le jour du défilé du quatorze juillet.

La première manifestation est toujours d’ordre physique, c’est un peu comme être en apesanteur.

Bien que je n’ai pas le vertige, l’idée de ne rien avoir sous les semelles me transporte immédiatement dans un état vomitif et ce n’était vraiment pas le moment. J’avais bien l’intention de profiter de ce délicieux repas précédemment ingurgité.

Pas une nausée, bien au contraire, mes vêtements me massaient intégralement et le canapé me chuchotait une berceuse venue de l’Est. Tous mes muscles capillaires se sont tendus au plus fort de leur potentiel rétractile. J’ai pu voir à travers la matière l’instant d’un clignement d’yeux.

Mes narines ont absorbé toutes les odeurs de la ville, j’ai enfin découvert les ingrédients du humus des voisins du quatrième.

J’ai entendu mon cerveau processer mes propres pensées, je savais par intuition que c’est comme le bruit d’une source qui se renforce d’un affluent voisin.

Avez vous déjà habité le blanc ?

Quoique vous imaginiez ce n’est pas ça, c’est ailleurs et bien au-delà de votre capacité à imaginer.

Je me suis vu de l’intérieur, ce n’est ni beau ni laid, c’est simplement innommable et insondable. Maintenant, la seule chose dont je suis sur c’est que mon repas me profitera, quand au reste ...

je le savoure aussi.



Carlos NOGALEDO

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