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Le décorateur de solitude d’intérieur - Claire Gonzalez

Mis à jour : mai 22






Tout commence par un silence. Rien ne doit se décider hors du silence. Cet instant étiré définit tout le reste. Il laisse choir le son comme un sédiment poudré attiré vers le fond d’une flaque trouble. Quand tout le bruit sera tombé, l’espace de cet appartement se reflètera calmement comme à la surface de l’eau redevenue limpide. « Ha oui ! Sédiment poudré… poudré…, c’est ça, oui c’est poudré qu’elle doit être… POU-DREE ! Non là, non … hors de question, c’est trop plombé, le rideau moutarde là, non, hideux… pesant…

BwaaaaaahHHH… non, non, pas de chaine d’information en continu… lourd, lourd, pesant. Et acide avec ça ! Il faudrait rapprocher la fougère et rajouter des coussins, des tas de coussins, des pas trop grands mais beaucoup dont deux tirant sur l’anis… Bon… va pour la photo de mamie Cécile avec son chat mais le parquet du couloir qui grince c’est hors de question ! Je veux du coton et de la laine sur ce canapé, Satie le matin, quatre-quarts maison l’après-midi… Là, il nous faut un très grand poster d’un troupeau de nez noirs du Valais bien velus… On coupe le chauffage, ce soir c’est soupe de fanes de carottes avec des croutons, comme chez grand-tonton André. Ha ! « La boite en os » prêtée par Lisette bien en évidence sur la table basse. Elle aura envie de l’appeler pour lui en parler… ça va durer des heures… Et cette salle de bain, mais c’est ni fait ni à faire, non mais franchement… un gel douche à la mûre en des temps pareil. Fleur d’oranger, voyons, combien de fois faudra t’il que je le dise, toujours du savon à la fleur d’oranger quand l’air est anxieux, TOUJOURS ! Et rien à lire dans les toilettes, pas une BD, rien… « Le bar du vieux français » … voilà, c’est ça qu’il nous faut et y aller mollo sur le fromage blanc aussi. Le lit… parfait le lit mais encore des coussins et puis là, sortir les pinceaux et l’aquarelle… Réveil à 8h06, pile quand le voisin chante sous la douche, c’est rigolo… elle chantera aussi… non pas « Voyage en Italie », c’est pas le moment… Ha ! « Vertige de l’amour »… Il nous la faut poudrée cette solitude. Légère, légère, poudre libre, poudre rose, poudreuse des sommets, en suspend… J’ai trouvé ! L’odeur de pain grillé, elle viendra d’à côté … Et le camion du livreur qui klaxonnera deux fois à 15h43 en s’arrêtant devant le primeur en bas… On y est… ».

A nouveau le silence, l’eau claire et lui debout devant son œuvre.

Elle était là sa solitude, parfaite, aérienne… de la poudre… et il souffla dessus.



Claire Gonzalez

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