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Le DERVICHE TOURNEUR AUTOUR DU POT - Texte de Jean-François DULOIR

Mis à jour : mai 3






D’abord, il faut un pot assez grand pour y mettre quelques mots chiadés, mais pas de trop, afin de les mélanger dans un fond de sauce de banalités.

Puis à l’aide d’une gestuelle appliquée et harmonieuse, le Derviche Tourneur autour du Pot devra attirer le regard de l’autre sur son sourire en coin. C’est ce sourire en coin qui stoppera le mécréant qui oserait dévier de sa route une parabole d’un « accouche ! ».

C’est ce sourire en coin qui entrainera ce mécréant dans un labyrinthe de mots qui n’ont non pas plus de sens que de crédit.

C’est l’art du Derviche Tourneur autour du Pot : savoir s’excentrer à angle droit et par une pirouette dans un univers qui ne raisonne plus. Son auditeur, généralement, un Septicorésigné, d’un soupir, mi-admiratif, mi-tu-me-prends-pour-un-con, lâchera alors :

« si tu le dis » …


Il peut y avoir des Septicorésignés ami avec des Derviches Tourneurs autour du Pot. Il y a plus qu’on ne le croit. J’allais dire, ils peuvent être cul et chemise, mais le Derviche Tourneur autour du Pot, toujours en action, à trop souvent le pan de sa chemise au vent. L’un grand connaisseur des tournures de mots et du sens dans lesquels ou les vissent et les dévissent, l’autre, les détournant de leurs savoirs pour servir une soupe de lieux communs, arriveront toujours par s’entendre. Ils s’ont amis, n’est-ce pas. C’est alors avec un « c’est pas faux » que le Septicorésigné conclura une conversation. A y regarder de près, ils sont assis sur le même muret à regarder devant eux un horizon, le même, mais à leur façon.


Il y a des associations, des clans de Derviches tourneurs qui organisent des rencontres. Il y a eu une l’année passée dans la forêt de Sherwood une rencontre entre les Derviches Tourneurs autour du Pot avec les Derviches Tourneurs sur bois. Rencontres intéressantes durant lesquelles des échanges constructifs ont abouti à la rédaction d’un communiqué commun envoyé à tous les médias. L’un d’eux m’a rapporté une conversation. Le Derviche Tourneur sur bois expliquait au Derviche Tourneur autour du Pot quel plaisir il avait à polir le barreau qui assemblerait la chaise. L’autre lui répondit qu’il avait quelques difficultés à imaginer une chaise seule. Le Derviche Tourneur autour du Pot ne pouvait concevoir que des chaises allant deux par deux pour pouvoir mettre le cul des gens entre deux de ces chaises. Et le Derviche tourneur autour du pot ajoutait que le Derviche tourneur sur bois pouvait bien, un jour d’égarement, tourner le plus beau manche de balais et… non, il n’en dit pas plus car les Derviches Tourneurs sont des gens civilisés et polis, assis sur leurs principes.

Il y eu un clip de réalisé lors de cette rencontre, ils ont tous ri lorsque le metteur en scène cria, « ça tourne ». Faut dire, que les journalistes savent bien tendre la perche.

Les Derviches Tourneurs autour du Pot n’ont pas renouvelé ces rencontres qui s’annonçaient fructueuses. Des opposants se manifestèrent : les « Samesuffismes ». Les « Samesuffismes » recrutent leurs membres chez les Séptico-opposants, qui, comme les Septicorésignés, ne comprennent pas toujours où veulent en venir les Derviches Tourneurs autour du Pot, mais qui s’opposent à la dialectique et aux tournures de phrase qui endorment plus qu’elles n’apaisent. Des Séptico-opposants menaçants, mais pas assez pour inquiéter les Derviches Tourneurs autour du Pot. Encore que…

Arriva ce qui devait arriver : une opposition se formait pour éclairer le peuple par leur simplicité et leurs discours parcimonieux en mots. « Et en idées », hurlaient, dans les meetings, les sophistes détourneurs de mots.

Les « Samesuffismes » étaient des opposants radicaux aux dialectiques redondantes et dissolvantes des Derviches Tourneurs Autour Pot (DTAP). Ils disaient les DT.

Les Samesuffismes étaient structurés en fédérations. La plus importante fédération, « les Empêcheurs de Tourner en Rond », comptait 136.284 timbres. Entre eux, ils savaient de quoi ils parlaient. Pour le néophyte, cela se traduisait par 11.357 adhésions. Il faut remonter quelques années en arrière pour savoir que les cotisations des adhérents se percevaient chaque mois. L’adhérent recevait un « timbre » qu’il collait sur sa carte d’adhésion. Dans les réunions, et au moment des comptes, le trésorier indiquait la progression de la fédération en annonçant un chiffre impressionnant que les quidams confondaient avec le nombre d’adhésions. Comme celui qui parle encore en anciens francs pour faire la « roue » devant la belle qui se maquille en euros.


Ces effets de manches agaçaient les Septicorésignés. « Ce n’est pas avec des démonstrations pareilles qu’on inquiétera ceux qui ne seront jamais dans la merdre, et ce sont eux qui nous gouvernent avec leurs boniments ». Les Séptico-opposants dénigraient le langage cru des Septicorésignés.


Chez les adeptes du langage clair et des mots rabotés, il y avait souvent des débats houleux arrosés de phrases imagées et souvent puantes.

C’était une démocratie parfaite qui faisait rire les Derviches Tourneurs Autour du Pot et les Blablateurs qui venaient de signer une convention.

Alors, un leader barbu de l’opposition monta à la tribune et exhorta ses troupes avec un discours qui resta dans les annales et qui servit de références aux statuts fondateurs de la nouvelle confédération « Droitaubut ».

« Camarade, marchons ensemble sur ce chemin droit, sur cette route claire qui mènent à la vérité… ». Son discours dura à peine 10 secondes et fut ovationné pendant 49 minutes.

Depuis, des cellules se formèrent, des commissions travaillaient sans relâche. Des AG se tenaient régulièrement. Une équipe de communication fut mise en place. Des représentants se rendaient régulièrement place Beauvau.

Toutes et tous partirent en croisade pour convertir les mécréants, les manipulateurs, les bluffeurs et les bluffeuses, les palabreurs et les palabreuses, les lobbystes, les négociantes et les négociants, les pipeauteurs et les pipoteuses, les divergentes et les divergents… brefs, les bouffeurs de mots sans faim.

Après plusieurs mois d’un travail acharné, les premiers résultats tombaient.

Un congrès international se tint.

Le secrétaire général de « Droitaubut » présenta l’orientation générale du congrès. Il n’y avait pas un seul amendement. Il donna les résultats des premiers travaux qui consistaient à réduire les romans du monde entier à leur plus simple expression :

L’Odyssée d’Homère était ainsi réécrite :

« Ulysse, rentre à la maison, ta femme t’attend. »

Jean-François DULOIR

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