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LE MOISSONNEUR DE MEMOIRES - Jacques LECLERC

Mis à jour : avr. 6




Sa main dans la vôtre, demandez-lui de conter son enfance, de narrer sa vie, de dire ses joies et ses peines, de vous livrer ses amours et ses haines.

Ecoutez en silence.

Comme un tyran, la vieillesse anéantit tous les plaisirs de la vie et détruit les corps. Mais le souvenir de la jeunesse reste intact et tendre chez le vieillard. Alors récoltez la mémoire du sage géronte. Il va vous raconter l’histoire des temps anciens que vous ne connaissez pas et qui vous aidera dans votre vie d’adulte. Ecrivez son récit pour qu’il reste gravé dans l’éternité.

Moissonnez les mémoires.

Quand il était jeune, comme vous aujourd’hui, la deuxième guerre mondiale ravageait la planète comme le fait le Coronavirus actuellement.

Il vous livrera certainement des pans de la vie de ses parents et même de ses grands-parents ; Alors là, vous toucherez du doigt la grande histoire du siècle dernier et de la fin du précèdent. A la belle époque, pas d’internet, pas de téléphone portable ; seulement du bouche à oreille et des journaux. Vous découvrirez qu’à cette période ils se parlaient beaucoup, se réunissaient souvent, s’entraidaient tout le temps : une solidarité sans faille pour supporter la dureté de la vie.

Demandez-lui de vous montrer des photos de son printemps et cueillez son sourire fané et l’étincelle de ses yeux outragée par le temps et les chagrins.

Moissonneurs de mémoires, vendangez ses mots et engrangez ses souvenirs.

Il vous confiera des moments incléments comme le rude hiver 1954 et l’appel de l’abbé Pierre, mais aussi des initiatives revigorantes et salutaires comme la mise en place, cette même année, par Pierre Mendès-France la distribution de lait chaud dans toutes les écoles.

Peut-être évoquera-t-il la guerre d’Algérie qui couve depuis la fin des années 50, mais aussi les années Yéyé qui furent des interludes joyeux et insouciants avant la révolte de mai 1968.

Moissonneurs de mémoires, faites vite, très vite. Des centaines de morts déjà et des milliers à venir. Les hôpitaux s’essoufflent, les maisons de retraite se recroquevillent. La fin de vie de nos anciens chemine avec les infirmités, la douleur et les défigurements de la vieillesse. Grappillez généreusement et avec bienveillance les fragments de leur biographie. Vous en avez besoin pour vous construire.

N’ayez pas peur.

Ils savent que l’excès de vieillesse est monstrueux et avilissant, mais ils savent aussi que la mort devient humaine quand elle y met fin.

Moissonneurs de mémoires, souvenez-vous du proverbe issu du discours d’Amadou Hampâté Bâ prononcé à l’UNESCO en 1960 :

« Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. »

Moissonneur de mémoires, vous avez le pouvoir de donner l’immortalité à nos Anciens.

Moissonneurs de mémoires, glanez, amassez avec soins leurs souvenances. Ecrivez et publiez les mémoires de nos Vieux. Construisez une bibliothèque dans chaque ville, chaque village et mettez-y les livres qui racontent les épisodes de leur vie.

Avant que la mort ne les fauche, allez-y jeunes gens.

Protégez-vous et allez-y vite.

N’ayez pas peur !

Moissonnez.

Jacques LECLERC, 26 mars 2020

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