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Les ''Comprachicos'' Texte de Maxime Burc

Mis à jour : mars 23

Texte de Maxime Burc


A cette époque, les enfants couraient les bois, faisaient des cabanes dans les haies et des petits moulins sur les ruisseaux. La petite bande des Comprachicos aimaient par-dessus tout les grands arbres, les chemins oubliés, les territoires à l’abandon et les vieilles demeures où rôdent encore quelques fantômes. Munis de flèches, de poignards, de fusils et de revolvers en bois, avec des plumes de volaille fichées autour de la tête, les Comprachicos arpentaient le bocage autour du village. En cavale par tous les temps, malins comme des fouines, la narine frémissante et le pied léger, ils étaient les derniers d’une lignée rustique et campagnarde. Le monde les traversait. Ils étaient heureux.

C’est Carafon qui fit la découverte:

-Venez, venez vite!

En s’enfonçant dans les taillis, il avait fini par déboucher dans une clairière. Là, entourée de chênes centenaires, on apercevait une vieille maison en ruine, les murs couverts de lierre. Au milieu de hautes herbes, un chemin menait à l’entrée de la porte restée entrouverte. Comme il est tentant de pousser la porte, alors que la peur vous pince le ventre. C’est Frère Doudou, le plus courageux de la bande des Comprachicos, qui se décida à franchir le seuil. Pingrelet, Bouboule Plus et Carafon lui emboîtèrent le pas.

Que vaut l’apparition de la Sainte Vierge, à côté d’une telle découverte?

Dans une odeur de pisse de rat et de putois en rut, il y régnait un fouillis indescriptible. Le sol était jonché de vieux magazines de mode, de journaux aux pages jaunies par l’humidité. Sur les murs, des gravures représentaient les animaux des cinq continents. Des étagères croulaient sous le poids de livres anciens. A une penderie, étaient suspendus des uniformes militaires et des képis posés au-dessus. Dans un coin de la pièce, un lit défait dans un désordre de couvertures et de draps sales. Soudain, Pingrelet se mit à crier: un instant il avait aperçu un petit garçon dans la glace d’une armoire. Un rire général éclata et chacun y alla de son imagination.

- C’est peut-être un chiffonnier qui vivait ici, dit Carafon. Avec un petit charreton, il passait chez les habitants du village pour ramasser les vieux papiers. Quand il en avait beaucoup, un camion venait les chercher. C’est pour ça qu’il y en a plein.

Frère Doudou était sceptique.

- Et les uniformes militaires, dit-il? Pour moi c’est un général qui s’était réfugié ici. Il ne voulait plus faire la guerre. Pour manger, il pêchait dans le ruisseau là-bas.

Pingrelet réfléchissait depuis un moment.

- Tous ces livres, c’est un savant qui habitait là, dit-il. Quand ils ont lancé la fusée dans l’espace avec la petite chienne dedans, ça lui a fait de la peine et il est parti à la campagne.

Le jour déclinait et la rougeur du couchant apparut. La petite bande des Comprachicos se décida à rentrer. Ils marchaient sur la grand’route avec plein de projets en tête. La décision était prise : ce serait leur future maison, loin des regards malveillants ; car ils considéraient les adultes comme des gens finis, comme des oiseaux empaillés et rongés par les mites.

- La première chose à faire, dit Pingrelet, sera de nettoyer la maison et de brûler tout ce que l’on ne voudra pas garder.

Bouboule Plus proposa qu’on fasse un grand potager.

- On vivra comme Robinson, dit Carafon, avec plein d’animaux de compagnie.

Le monde ne tournait pas rond, il fallait le réparer. La petite bande des Comprachicos était d’accord pour tout recommencer. Ce serait, en quelque sorte, le premier jour des enfants sur la terre.

Le soir, le sommeil tarda à venir.

A la seconde visite, le choc fut brutal. Devant la maison, quelqu’un avait planté un piquet avec un écriteau sur lequel on pouvait lire en gros caractères :


PROPRIETE PRIVEE DEFENSE D’ENTRER


Il s’appelait Blaise et s’était donné, comme on disait autrefois, dans une ferme chez un riche propriétaire. Ainsi avait-il le couvert assuré. Pour le gîte, il vivait à l’écart dans une vieille maison en ruine, dans un fouillis indescriptible, parmi les odeurs de pisse de rat et de putois en rut.

Maxime Burc

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